Le protocole Wilbarger

Le protocole Wilbarger (décrit et commenté)

Introduction

Ce protocole, créé par Patricia Wilbarger, occupationnal therapist et psychologue est surtout connu en France dans la prise en charge d’enfants autistes présentant des troubles sensoriels,  plus particulièrement dans les cas d’hypersensibilité tactile afin d’en diminuer les comportements défensifs.

La littérature francophone est peu fournie à ce sujet et nous ne retrouvons que quelques extraits de traductions et d’applications diverses.

L’application du protocole Wilbarger se compose principalement de stimulations tactiles et proprioceptives. Il se retrouve également sous le nom de DPPT (Deep Pressure and Proprioceptive Technique) du fait des techniques de pressions profondes employées, notamment au moyen du Brushing (« brossage thérapeutique ») et des compressions articulaires.

Lorsqu’elle est présente, la partie « OTT » (Oral Tactile Training) concerne une technique supplémentaire de stimulation orale.

Indications 

Peu de recherches sont recensées au sujet du protocole Wilbarger. Cependant, différents témoignages de parents d’enfants autistes ont constaté une amélioration de la capacité à effectuer des transitions entre les activités quotidiennes, une amélioration de l’attention, une diminution de l’inconfort d’être touché ainsi qu’une meilleure auto-régulation (Wilbarger, 1984, 1991, 2002).

Néanmoins, les effets produits ne sont pas suffisamment confirmés à ce jour par un niveau de preuve élevé.

Dans sa forme originale, le protocole est inclus dans un « régime sensoriel » (sensory diet) supervisé par un(e) ergothérapeute et qui comprend un horaire personnalisé d’activités et/ou de stimulations précises pour combler les besoins sensoriels spécifiques de l’enfant lors de son quotidien et tenter de diminuer son hypersensibilité.

Description du protocole

Le protocole Wilbarger (ou DPPT) prend généralement 2 ou 3 minutes à administrer. Il se compose donc du brossage tactile puis des compressions articulaires et éventuellement de la stimulation orale.

Initialement, le protocole est censé être soutenu dans sa fréquence, pouvant se répéter plus de 5 fois par jour (voir toutes les 3 heures même lorsque l’enfant dors dans son application la plus élargie…). Il peut aussi être proposé spontanément dès lors qu’une personne est submergée émotionellement ou encore avant et/ou après des situations difficiles. D’autres formes de thérapies ou de rééducations peuvent être menées en parallèle.

En pratique, nous pouvons retrouver des aménagements et de la flexibilité (sur le nombre de répétitions ; sur la durée ; sur l’ordre ; à même la peau ou directement sur le vêtement ; uniquement le brossage…) afin de conserver le principe actif tout en s’adaptant au mieux à la personne (mais nous sortons alors de la forme « pure » et « original » du protocole).

1) le brossage sensoriel (stimulation tactile profonde)

La première étape consiste à utiliser une brosse sensorielle (« Therapressure Brush ») qui est passée sur la peau de l’enfant, en utilisant une pression très ferme.

L’objectif est l’administration d’un brossage profond sollicitant les récepteurs profonds cutanés, évitant ainsi la stimulation trop superficielle de la peau (bien plus irritante). Il se réalise à la manière d’un massage par pression profonde (de haut en bas, dans un mouvement de balayage « proximo-distal »). Il commence au niveau des mains et les bras (d’un côté comme de l’autre), se poursuit au niveau des jambes jusqu’aux pieds ainsi que le dos. 5 passages par membres sont communément décrits dans le protocole.

Du fait de leur sensibilité, le visage, la poitrine et l’estomac ne sont jamais brossés. Le brossage est toujours suivi d’une séquence de compression des articulations.

Les vidéos consultables sur Youtube (souvent filmées par des parents, occupational therapist  ou accompagnants d’enfants avec troubles du neurodéveloppement) sont très diverses dans leurs applications.

(la vidéo ci-dessous illustre un exemple de traitement mais il est préférable d’opter pour une tenue de la brosse « à pleine main » et exerçant une pression plus profonde)


2) les compressions articulaires (stimulation proprioceptive)

Après la thérapie de brossage, les thérapeutes peuvent également prescrire des compressions douces communes aux épaules, coudes, poignets, doigts, hanches, genoux, chevilles et le sternum, souvent observées par 10 répétitions.

L’auto-administration de compression par la personne peut aussi se faire en poussant contre les murs, réaliser des exercices de contraction musculaire (pompes sur support…), de sauter sur un trampoline, exercices d’isométrie…

3) Etape de stimulation orale (ou OTT = Oral Tactile Training)

Le dernier volet de ce protocole est utilisé pour les personnes ayant une hypersensibilité tactile orale (ces enfants peuvent avoir des difficultés avec des aliments en raison de la texture par exemple ou encore lors du brossage de dents). Cette étape nécessitant d’insérer les doigts dans la bouche peut être évitée par raison d’hygiène ou de problème de sécurité.

Sources de la traduction

Wilbarger, J. & Wilbarger, P. (2002). Wilbarger approach to treating sensory defensiveness and clinical application of the sensory diet. Sections in alternative and complementary programs for intervention, In Bundy, A.C., Murray, E.A., & Lane, S. (Eds.). Sensory Integration: Theory and Practice, 2nd Ed. F.A. Davis, Philadelphia, PA.

Wilbarger, P. & Wilbarger, J. (1991).  Sensory  Defensiveness in Children Aged 2-12: An Intervention Guide for Parents and Other Caretakers, Avanti  Educational Programs: Santa Barbara, CA.

Wilbarger, P. (1984).  Planning an adequate sensory diet-application of sensory processing theory during the first year of life. Zero to Three, 7-12.

https://www.nationalautismresources.com/the-wilbarger-protocol-brushing-therapy-for-sensory-integration/

Ouverture

Ce protocole se pratique par les Occupational Therapist à l’internationale. Les ergothérapeutes français sont les spécialistes en France de ce genre de traitement. Néanmoins les ortophonistes sensibilisés à l’intégration sensorielle sont particulièrement à même d’intervenir au niveau buccal de par leur décret de compétence les spécialisant dans les altérations de la sphère oro-faciale sur les plans moteur, sensitif et physiologique. Les psychomotriciens, spécialisés des techniques d’approches corporelles  intègrent souvent dans leurs séances, des mises en situation impliquant la conscience du corps (exercices sollicitant la proprioception, le renforcement tonique…). Ils peuvent également se former spécifiquement à l’intégration sensorielle (sans perdre de vue que le protocole Wilbarger a été mis au point par des Occupationnal Therapist, spécialistes de l’activité quotidienne).

Ainsi un regard pluri-disciplinaire semble particulièrement pertinent dans la pratique des différentes méthodes  auprès des personnes avec Trouble du Spectre de l’Autisme et toujours à adapter selon leurs particularités de fonctionnement.

Aurélien D’Ignazio, psychomotricien, D.E & Master.

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