TIC ? TOC ? Quelles différences ? Quels dispositifs en psychomotricité ?

Un mouvement perturbé

Les TIC(s), TOC(s) et Stéréotypies ont en commun le caractère répétitif et difficilement répressible du mouvement effectué. D’un point de vue extérieur, leur but est souvent incompréhensible.

Même si les tics, tocs et stéréotypies peuvent se combiner, leur étiologie, appartenance clinique et « besoin » pour la personne concernée sont à différencier.

Le psychomotricien est sensible à la compréhension et à la prise en charge des particularités du mouvement et autres désordres moteurs. Pour mieux les réguler il propose différents dispositifs tout en considérant la nécessité de ces particularités dans l’équilibre psycho-corporel et/ou sensori-moteur de la personne concernée.

Les TICs

  • Définition : Trouble Involontaire Compulsif

 

  • Description : Il s’agit de mouvements involontaires et inattendus.

Ils apparaissent le plus fréquemment entre 5 et 7 ans et répondent à une sensation de tension interne. Ils sont parfois décrits comme « semi-volontaires » dans la mesure où les personnes concernées peuvent y résister ou les retarder (O’Connor & Al, 2015).

Les tics les plus courants s’observent au niveau du visage (mouvement facial, rictus de la lèvre, hochement de tête, clignement d’oeil…) mais peuvent également concerner des vocalisations (raclement de gorge, reniflement, bruit de bouche…). Plus globalement il peut s’agir d’un inconfort poussant les personnes à bouger certaines parties du corps pour se débarrasser d’une sensation désagréable (hausser les épaules, se frotter les doigts, bouger les jambes…).

  • Appartenance clinique : Les tics sont présents dans tous les pays, toutes les cultures et toutes les ethnies. Ils ne sont pas nécessairement associés à des troubles neurologiques ou psychiatriques même si il peut y avoir des comorbidités fréquentes telles que l’hyperactivité. Ils peuvent dans certains cas être reliés au contexte psychoaffectif du moment.

Le syndrome de Gilles de la Tourette (1% de la population) associe tics moteurs et verbaux dans le cadre d’une affection neurologique.

Nous retrouvons parfois le terme de dystonies pour désigner ces contractions musculaires involontaires engendrant parfois des postures anormales.

  • Diagnostic différentiel : Contrairement aux tocs, les tics n’ont pas de rapport avec une compulsion ou une pensée obsédante. Ils ne s’agit pas non plus d’une recherche de sensation comme souvent dans les stéréotypies. Comme évoqué, il s’agirait plutôt d’un moyen de libérer une tension interne.
tics enfant
  • Exemple d’intervention du psychomotricien

Le décret relatif à l’accomplissement des actes de rééducation psychomotrice (mai 1988) précise que le champ d’action du psychomotricien concerne notamment les troubles tonico-émotionnels, incluant les tics.

Pour les enfants présentant des tics, nous n’agissons pas nécessairement « directement » sur ces derniers car trop se focaliser dessus est susceptible d’entretenir leur réalisation et ainsi constituer un cercle vicieux.

Le psychomotricien propose des activités ludiques sollicitant la régulation du tonus et favorisant le « lâcher prise » (jeux de tirer-repousser, travail contre-résistance, exercices de boxe, situations de « décharges motrices »…), associées à des temps de relaxation (contraction-détente, prise de conscience du relâchement musculaire…) et de verbalisation. Selon l’âge de la personne, discuter autour de stratégies à visée anxiolytique (respiration consciente, images mentales, re-centration sur les points d’appuis corporels…)  peut permettre une meilleure maitrise de ses états de tensions internes et ainsi potentiellement diminuer la fréquence des tics.

Par la mise en situation corporelle, ludique et valorisante, le soin psychomoteur présente également de l’intérêt pour l’image de soi de l’enfant, souvent dépréciée.

Les TOCs

  • Définition : Trouble Obsessionnel-Compulsif

Les compulsions sont “des conduites ou des actions mentales répétitives dont le but est de prévenir ou de réduire l’anxiété ou la détresse” (American Psychiatric Association, 2013)

  • Description : Le point de départ de ce trouble est une idée obsédante (pensées, images, impulsions, doutes…). Cette obsession génère de l’angoisse contre laquelle la personne va « lutter », cherchant à la réprimer. Ce tiraillement interne irrésistible pousse à accomplir une action en particulier pour ne pas que l’idée envahissante se produise.

Exemples : se répéter une même phrase un nombre de fois précis ; se laver plusieurs fois les mains d’affilée ; se focaliser sur l’alignement où la symétrie d’objets de son environnement  ; marcher en respectant un marquage précis au sol ; s’interdir de jeter le moindre papier…

Tant que cette forme de rituel conjuratoire n’est pas réalisée parfaitement, la personne craint que l’obsession ne se produise et répète alors l’action jusqu’à se sentir tranquillisée.

  • Appartenance clinique : Tout le monde peut présenter de « petites obsessions » dans une moindre mesure mais on retrouve fréquemment les TOC(s) les plus importants dans des tableaux psychiatriques au vue de leur intensité et leur caractère envahissant dans le quotidien de la personne.

Le TOC pourrait avoir une dimension héréditaire et génétique (Brady, 2003 ; Nauert, 2006) ce qui n’exclue pas le terrain anxieux de la personne touchée. Il touche 1 adulte sur 60 (Kessler et al., 2005).

  • Diagnostic différentiel : le TIC ou la stéréotypie n’ont pas pour point de départ une idée obsédante.

Un traitement médicamenteux est souvent proposé en cas de souffrance trop importante (de type antidépresseurs inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine et/ou d’anxiolytiques de type benzodiazépine).

 

Le psychomotricien intervient sur un aspect cognitif (verbalisation, mise à distance des idées négatives, stratégies à visée anxyiolitiques…) et surtout sur un versant corporel (ré-appropriation de son corps par des activités ludiques et valorisantes, relaxation psychomotrice pour mieux gérer les conflits internes qui peuvent subvenir, mises en situation…), la plupart du temps en collaboration avec d’autres professionnels (prescription du médecin notamment).

 

Autisme et TOC

Environ 30 % des personnes atteintes de Troubles du Spectre de l’Autisme (TSA) présentent un trouble obsessionnel-compulsif (TOC) associé (Russel & Al, 2013).

Mise à part cette comorbidité avérée, le tableau clinique des TSA inclut un certain nombre de rigidités cognitives, de rituels, de comportements stéréotypés, de résistances au changement et de nécessités de contrôler l’environnement qui, vus de l’extérieurs, peuvent tout à fait ressembler voir s’apparenter à des troubles obsessionnels.

Ainsi le diagnostic se fera très probablement selon la « grille de lecture » du médecin spécialisé en la matière (pédopsychiatre, neuropédiatre…) qui suivra l’enfant.

Mais au-delà de ces considérations théoriques, ce qui nous semble essentiel est de s’interroger sur la place que prend ce comportement dans le quotidien de la personne. À quel point est-il envahissant ? Peut-il impacter négativement sur certaines sphères du développement  (interaction avec les autres, apprentissage, attention…) ? Que pouvons nous proposer et mettre en place pour le soulager ? (améliorer la flexibilité cognitive, proposer des activités de substitution proche du centre d’intérêt, quantifier la durée de cette activité si ritualisée, partir de ce comportement répétitif puis introduire des variations afin d’élargir le centre d’intérêt, etc.).

Il nous semble pertinent d’interroger ces aspects, proposer, essayer, évaluer, affiner… et ainsi de suite !

Sans oublier…

Les tics, tocs et stéréotypies évoluent différemment chez chaque personne. Ils peuvent être transitoires comme peuvent devenir de plus en plus envahissants. À noter que les facteurs environnementaux tels que le stress, la fatigue, le manque de sommeil, le degré d’émotivité, l’ennui… sont susceptibles de majorer les symptômes. Actuellement, les thérapies d’orientation Cognitivo-Comportementale présentent un niveau de preuve encourageant dans leurs prise en charge (O Conor, 2015).

 

Bibliographie

American Psychiatric Association. (2015). DSM V : Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (éd. 5e). (M.-A. Crocq, & J.-D. Guelfi, Trads.) Elsevier Masson.

Brady, P. (2003). Genetics may help explain OCD.Téléchargé en 2018 de Yale Daily News Web- site:http://www.yaledailynews.com/news/2003/nov/ 04/genetics-may-help-explain-ocd/

Kessler, R. C., Berglund, P., Demler, O., Jin, R., Merikan- gas, K. R., & Walters, E. E. (2005). Lifetime prevalence and age-of-onset distributions of DSM-IV disorders in the National Comorbidity Survey Replication. Archives of General Psychiatry, 62(6), 593–602.

O’Connor, K., Lavoie, M., Blanchet P. (2015). Evaluation of a cognitive psychophysiological model for management of tic disorders: an open trial. The British Journal of Psychiatry 1–8.

Russell A.J., Jassi A., Fullana M. A., Mack H., Johnston K., Heyman I., Murphy D. G. et Mataix-Cols D. (2013). « Cognitive Behavior Therapy for Comorbid Obsessive-Compulsive Disorder in High-Functioning Autism Spectrum Disorders: A Randomized Controlled Trial », Depression and Anxiety, vol. 30, no 8, 2013, p. 697–708

Sauteraud A. (2002). Je ne peux pas m’arrêter de laver, vérifier, compter. Mieux vivre avec un TOC. Paris : Odile Jacob.

Sites ressource :

Association Francaise du Syndrome de Gilles de la Tourette : https://www.france-tourette.org/

Portail HAS sur le syndrome GdThttps://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_2679221/fr/syndrome-gilles-de-la-tourette

Centre d’étude sur les troubles compulsionnels et les tics : http://www.iusmm.ca/cetoct.html

Pour en savoir plus

Le bilan psychomoteur

Le champ d’action du psychomotricien

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