Les couvertures lestées et gilets lestés – principes et utilisation

1/ Sous quelles formes trouve-t-on ce type d’accessoires lestés  ?

2/ Quel est l’intérêt d’ajouter du poids ?

3/ Quelles indications ?

4/ Quel impact psychologique ?

5/ Quels sous-bassements neurophysiologiques ?

6/ Quel intérêt en psychomotricité ?

7/ Quelle validité scientifique ?

8/ Comment élaborer un protocole d’utilisation ?

 

Introduction

Il existe peu de ressources en français sur les principes d’utilisation des objets lestés. Ce constat dénote avec leur exposition commerciale de plus en plus importante et les témoignages vantant leurs bénéfices, notamment pour les personnes avec autisme (TSA).

Tentons d’apporter quelques éléments de compréhension avec l’appui de la littérature scientifique à ce sujet.

Nous nous intéresserons plus particulièrement aux couvertures lestées car elles ont fait l’objet d’études plus élargies. Nous considérons qu’une partie de leur principe actif est similaire à celui des gilets lestés et des techniques de pressions profondes.

 

Sous quelles formes trouve-t-on ce type d’accessoires lestés  ?

Les gilets et couvertures sont les plus populaires mais la gamme d’objets lestés s’étend progressivement : coussins, tours de nuque, tours de poignet, ceinturescasquettes, peluches



Nous retrouvons les couvertures sous différentes appellations : « couverture pondérée » (traduction littérale de « weighted blanket »), « couverture proprioceptive »  ou encore « couverture alourdie »  qui renvoient à la même conception : des ajouts de leste (sous forme de billes, riz ou granulés), cousus dans des compartiments aidant à répartir le poids uniformément. Le poids peut être modulable et peut généralement s’élever jusqu’à 15 kg.

 

Quel est l’intérêt d’ajouter du poids ?

Qui n’a pas un jour ressenti un soulagement après un massage appuyé ? N’a pas eu envie de serrer fortement quelqu’un dans ses bras pour le réconforter ? N’a pas assisté à l’emmaillotage d’un enfant pour l’apaiser ? N’a pas apprécié le sentiment d’être contenu sous de gros coussins ou emmitouflé dans une couverture ? 

Le point commun de ces situations à vocation d’apaisement réside dans la pression profonde exercée sur le corps. Ainsi, le principe actif des objets lestés repose sur cette sensation de pression, apportée de façon contrôléeau moyen d’afférences tactiles (sollicitant les récepteurs profonds de la peau) et proprioceptives (sollicitant les récepteurs musculaires, articulaires et tendineux).

 

Quelles indications ?

L’effet le plus couramment recherché est l’apaisement (pouvant s’observer par la diminution de l’anxiété et de l’agitation motrice) et par voie de conséquence une augmentation de la capacité attentionnelle.

À ce titre, les couvertures lestées ont été expérimentées (voir partie sur la validité scientifique) pour :

  • les troubles du sommeil (auprès de personnes insomniaques et du tout-venant)
  • les troubles de la modulation sensorielle (auprès de personnes avec TSA)
  • les troubles de l’attention, plus particulièrement associés à de l’agitation (allant de l’enfant TDA-H à la personne âgée démente)

 

Quel impact psychologique ? 

À un niveau subjectif, différents témoignages d’ utilisateurs des couvertures expriment un ressenti agréable d’ « être contenu », peuvent évoquer la sensation « d’enveloppe corporelle »  ou encore de réassurance au niveau des « limites du corps ».

Néanmoins, les impressions ne sont pas toujours positives et quelques-uns peuvent exprimer un vécu d’oppression (cela peut particulièrement concerner les personnes qui ont déjà un terrain de claustrophobie mais cela n’est que le fruit d’observation personnelle).

 

Quels sous-bassements neurophysiologiques ?

Fournir une entrée somato-sensorielle directe apaiserait l’activité du système nerveux central, en diminuant le niveau d’excitation.

Tentons de simplifier certains cheminements physiologiques afin de nous permettre d’éclairer ce postulat :

Le cheminement « principal » 

1) Les stimuli apportés par la pression de la couverture lourde (afférences tactiles et proprioceptives) s’acheminent sous forme de message nerveux vers les centres nerveux supérieurs. Un des premiers niveaux de traitement s’effectue au niveau du thalamus (structure cérébrale assurant un relai et un transfert des informations sensorielles périphériques vers le cortex).

2) L’aboutissement du traitement de ces informations sensorielles s’effectue notamment dans les lobes pariétaux au niveau des aires somesthésiques ou somato-sensorielles du cortex (régions spécialisées du cerveau impliquées dans la perception des sensations tactiles et proprioceptives).

= cette étape finale permet un niveau de conscience élaboré de la situation (= être en mesure de localiser les sensations, de les identifier comme familières, d’associer le poids de la couverture à la sensation d’être enveloppé, etc.)

Les cheminements « secondaires »

L’action de la formation réticulée (en association avec la prise de conscience élaborée de la sensation via le cortex) va particulièrement nous intéresser. Ce nom renvoie à sa structure particulière en réseau  (« reticulum »)  de tissus nerveux constituant une grande partie du tronc cérébral.

 

 

Lors de la remontée des informations sensorielles, la formation réticulée contribue en effet à leur « tri » par des influences inhibitrices et activatrices.

Elle pourrait ainsi contribuer à :

  • prioriser le traitement des informations sensorielles relatives au port de la couverture, en réduisant l’accès au cortex des messages sensitifs d’autres origines par inhibition des voies sensorielles correspondantes  (un  « contrôle inhibiteur descendant » peuvent réguler l’activité motrice par exemple – Blanche & Schaaf, 2001 ; Reeves, 2001).

Cela expliquerait que l’utilisateur soit ainsi moins distractible par les informations provenant de l’extérieur et possiblement plus attentifs à un stimulus donné. 

  • réguler certaines fonctions physiologiques (par l’action sur le système nerveux autonome : diminution de la pression artérielle, du rythme cardiaque…).

 Cela contribuerait à un effet homéostasique par réduction de l’excitabilité du système nerveux et diminuant ainsi le niveau de stress (Chen & al, 2016).

 

Dans une mesure moins étayée scientifiquement, nous rappelons que la qualité de la stimulation profonde peut avoir des conséquences sur le taux d’hormones : elle stimule la libération d’ocytocine (Gordon & al, 2010) et par extension également contribuer à la détente et à l’abaissement du niveau de stress.

 

Quel intérêt en psychomotricité ? 

Travaillant sur un versant corporel, à la croisée des considérations psychologiques et neurophysiologiques, le psychomotricien s’intéresse particulièrement aux moyens permettant de renforcer la conscience du corps du patient et de favoriser sa régulation tonico-émotionnelle. À ce titre, les stimulations somesthésiques (tact profond, proprioception…) font parti de ses outils thérapeutiques.

Les moyens d’apaisement, de diminution des hypersensibilités et plus globalement d’obtention d’une meilleure interaction entre le corps et son environnement permettent de gagner en qualité interactionelle et en disponibilité cognitive pour un travail plus fonctionnel qui pourra être engagé par la suite.

Nous précisons que les principaux travaux menés sur les accessoires lestés ont été réalisés par les Occupational Therapist canadiens, à l’origine des pratiques d’intégration sensorielle et représentés en France par les ergothérapeutes.

Les psychomotriciens (dont la profession n’a pas d’équivalence directe outre-atlantique) travaillent également sur les aspects sensoriels et moteurs et font partie des professionnels de première ligne dans la prise en charge des personnes avec TSA. Il peuvent ainsi se sensibiliser également aux outils et dérivés de l’approche en intégration sensorielle.

 

Quelle validité scientifique des différentes utilisations ?

Grandin (1992) expose l’intérêt d’utiliser 5 minutes de pression profonde soutenue pour obtenir une influence apaisante auprès des enfant. D’autres (Fertel-Daly, Bedell, & Hinojosa, 2001; Olson & Moulton, 2004 ; VandenBerg, 2001) remarquent une capacité plus accrue de se concentrer sur les tâches de motricité fine et une diminution des comportements d’auto-stimulation (Fertel-Daly & al., 2001).

Concernant les gilets lestées, la méta-analyse de Stephenson & Carter (2009) examinant 7 études ciblées sur leur utilisation conclut à une absence d’efficacité. Ces gilets ne peuvent donc pas faire partie de recommandation officielle mais l’intuition clinique des différents professionnels mériterait la poursuite des études avec moins de faiblesses méthodologiques (plus grands échantillons, fidélité inter-juges plus stable, groupes randomisés, etc.).

Bien que l’utilisation de vestes lestées dans le milieu scolaire a déjà été médiatisée pour des utilisations parfois stigmatisantes, elles sont de plus en plus connues et utilisées dans le milieu du handicap.

Le tableau récapitulatif ci-dessous expose les études récentes ayant montré des effets bénéfiques des couvertures et vestes lestées, avec un niveau méthodologique correct. Cette courte revue de la littérature ne concerne pas directement les TSA mais apparait utile pour extraire les principes actifs pouvant être recherchés lors de mise en place de protocoles.

Dans l’état actuel des connaissances, la diversité des méthodologies employées (indications, conditions d’utilisations, échantillons…) est bien trop importante pour pouvoir en extraire une validation rigoureuse en terme de protocole.

Il ressort néanmoins des études un bon niveau de preuve de l’innocuité de l’utilisation des couvertures lestées, dans la mesure d’une base de 10 % du poids du corps. Cette précaution est néanmoins extrapolée des recommandations envers les sac-à-dos des écoliers et n’est pas spécifiquement éprouvée au regard des vestes (ETMIS, 2010) ni aux besoins sensoriels spécifiques des TSA. Dans la pratique, il n’est ainsi pas rare de se rapprocher davantage des 15 % du poids du corps, notamment auprès des adultes.

Le principe de précaution invite également de s’assurer de l’absence de contre-indication relevant de problèmes orthopédiques (scoliose…), respiratoires et/ou de circulation sanguine.

Comment élaborer un protocole d’utilisation ?

Pour permettre d’établir un protocole d’utilisation d’accessoires lesté (veste, couverture…) à un niveau empirique, il nous semble indispensable de s’interroger sur  le  « comment » et le « pourquoi » de cette mise en place. Ces questionnements permettent de garder à l’esprit qu’il ne s’agira en aucun cas d’une « notice »  généralisable à tous les enfants et que les modalités demeurent constamment à individualiser et à réajuster en fonction des observations. Les conseils ci-dessous sont issus des expériences de terrain et déduits de certaines études.

comment ?

Questionnements autour d’un protocole avec veste lestée (proposé par A. D’Ignazio, psychomotricien)

– Il est possible d’augmenter progressivement le leste (5 à 15% du poids de corps ont été expérimenté dans la littérature). Il est nécessaire de ressentir un véritable effet de contraste lorsqu’on porte la couverture. Bien sûr, on veillera au non-entravement des voies respiratoires pour les enfants très jeunes.

– Mettre en place un moyen de communication alternatif (image, photo, pictogramme…) si la personne n’est pas en mesure de verbaliser ses envies et impressions (porter l’outil, l’ôter…).

 

 


– mettre en place un outil d’observation/évaluation pour juger des effets apportés.

– être sensible à la nuance entre effets immédiats et différés.

– pour éviter une habituation trop importante (qui finirait par atténuer l’effet recherché), se demander si dépasser les 20 à 30 minutes de port est justifié  (base de réflexion à étayer). Néanmoins une utilisation plusieurs fois par jour est tout à fait envisageable.

– soigner le moment où l’on ôte la couverture, susceptible d’entrainer une rupture désagréable de sensation de confort : prévenir la personne, anticiper visuellement si nécessaire, proposer une reprise du mouvement en douceur (petits étirements…).

– ne pas insister si l’enfant ne tolère pas la proposition de couverture ou de gilet. D’autres alternatives sont possibles pour apporter des sensations proprioceptives (techniques de pressions profondes, activités dynamiques contre résistance, etc.) que peuvent conseiller psychomotriciens et/ou ergothérapeutes.

 pourquoi ? 

Cette réflexion est très dépendante des contextes et des objectifs à personnaliser.

– établir le profil sensoriel de la personne permet de mieux identifier ses aversions et besoins sensoriels et éventuellement de justifier plus finement la proposition de couverture lestée : diminuer l’hyper-réactivité, satisfaire une recherche de sensations, etc.

Questionnements autour d’un protocole avec veste lestée (proposé par A. D’Ignazio, psychomotricien)

 exemples :

  • Laura, adolescente autiste de haut niveau, supporte difficilement les déplacements en voiture. La couverture lestée posée sur ses genoux lui permet de rendre la situation plus tolérable. Elle apprécie également en disposer lors de situation d’examen médical générateur de stress (prise de sang par exemple).

 

  • Valentin, 11 ans diagnostiqué TDA-H, est sujet à de nombreuses crises comportementales pour diverses raisons (intolérance à la frustration…). La famille propose parfois des Time-Out pour favoriser le retour au calme :  ils consistent en un repli stratégique vers un endroit limité en distracteurs et stimulations parasites (dans sa chambre avec des coussins et une couverture lestée).

 

  • Mme F, 50 ans, TSA, dispose d’une couverture lestée à son domicile. Elle explique trouver du réconfort à la porter sur elle en positon allongée  : « au moins je sens où je commence et où je finis » et que cela contribue à diminuer son impression d’être sur-sollicitée sensoriellement, en lien avec son hypersensibilité. Elle l’utilise ainsi souvent en rentrant du travail durant une quinzaine de minutes.

 

  • K, adolescent autiste déficitaire et non verbal, présente des stéréotypies sensori-motrices (balancements d’avant en arrière) particulièrement intenses. Le port d’un gilet lesté lui est proposé au moyen d’un pictogramme avant certains moments spécifiques (pendant le repas et/ou pendant une tâche d’apprentissage au bureau), dans le but que ce substitut sensoriel puisse diminuer l’intensité des stéréotypies. Le gilet est ôté à la fin de cette séquence. L’inscription dans une routine lui permet d’anticiper sereinement cette mesure.

 

Bonne utilisation !

Aurélien D’Ignazio, psychomotricien D.E & Master

 

Bibliographie 

 

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Chen, H-Y., Yang, H., Meng, L-F. & al (2016). Effect of deep pressure input on parasympathetic system in patients with wisdom tooth surgery. Journal of the Formosan Medical Association 115, 853e859.

Conners, C. K. (2004). Conners’ Continuous Performance Test– II (CPT-II) for Windows technical guide and software man- ual. North Tonawanda, NY: Multi-Health Systems.

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Fertel-Daly, D., Bedell, G., & Hinojosa, J. (2001). Effects of a weighted vest on attention to task and self-stimulatory behaviors in preschoolers with pervasive developmental disorders. American Journal of Occupational Therapy, 55, 629–640. http://dx.doi.org/10.5014/ajot.55.6.629

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Grandin, T. (1992). Calming effects of deep touch pressure in patients with autistic disorder, college students, and animals. J Child Adolesc Psychopharmacol. 1992; 2: 63-72.

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Stephenson, J., Carter, M. (2009).The use of weighted vests with children with autism spectrum disorders and other disabilities. J Autism Dev Disord. 2009; 39: 105-114.

VandenBerg, N-L. (2001). The use of a weighted vest to increase on-task behavior in children with attention difficulties. American Journal of Occupational Therapy, 55: 621–8.

 

Quelques sites ressources en matériel sensoriel  :

 

 

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